Je me rappelle Cassandra : magnifique, discrète, et pourtant impossible à oublier. La première fois que je l’ai vraiment remarquée, elle était avec son père à l’Intermarché, rue Saint-Jean, un bel après-midi d’été. En sortant, mon bon chum de l’époque — soudeur, gars de shop et bon gars — m’a lancé :
« Calisssss de tabarnakkkkkkk! »
Et moi, de répondre en riant : « Ah oui, toi aussi tu l’as remarquée, Cassandra! »
Un matin de juillet, Cassandra et Alex se disent qu’elles pourraient monter à la plage. Puis elles changent de plan : « Zz, c’est un peu BS… fuck it, chill tranquille en ville avec les copines! » Elles tournent à gauche sur Saint-Jean, en bikini et en sandales, avec leur petit sac.
Arrêt obligé au légendaire dépanneur La Pipe : Cassandra s’offre un Mr. Freeze blanc — là où trônaient autrefois les machines de Street Fighter et de Shinobi. Alexandra, elle, choisit un cornet.
On ne les avait pas vraiment attendues. Léonie et moi descendions nous aussi vers la vieille ville, du côté gauche. Et voilà : l’ultime événement se produit encore une fois… mais j’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui l’a remarqué.
Certains étés tiennent dans un détour, un Mr. Freeze blanc et un ami qui éclate de rire.
La suite, et celles qui restent dans le cœur
Une étoile qui s’éclipse, une constellation d’amies.
Après nous avoir éblouis encore une fois, Cassandra s’est volatilisée comme Keyser Söze : plus de trace, ni en ville ni sur le Net. Elle garde sa part de mystère; ce souvenir me ramène surtout à toutes celles qui ont accompagné ma vie.
À mes amies, je dois une grande part de ma vie. La plupart sont encore à Hauteville; d’autres sont un peu partout dans le monde. Je pense à Ariel, Maïté, Marie-Soleil, Marie-Lou et à toute la clique de la MDJ Saint-Jean-Baptiste. Je revois aussi les copines de la rue à Cake et de Saint-Gabriel — un des coins les plus chouettes en ville — : Anick, Sarah, Geneviève, Léanne, Tanya, Christine, Florence, Maude, Sophie, Myriam, Lydia, Léonie, Mimi tout court, Claudia, les quatre Josianne, les trois Mélanie, Caroline, Anabelle et Francheska — si je me souviens bien du prénom.
Et surtout Audrey, Judith et Véronique, la famille du cœur. J’aime croire qu’elles veillent encore sur moi en silence, comme elles l’ont toujours fait. Depuis vingt-cinq ans, je traverse la vie porté par leurs cœurs et par ceux de mes amies protectrices d’Undernet, à Québec et à Montréal.
À elles, et à toutes celles qui ont gardé une petite lumière allumée sur ma route.